Le mois d’août s’achève et avec lui la deuxième opération Summer of Arcade de Microsoft. Initiée le 30 juillet 2008 avec la sortie de Geometry Wars Evolved 2 sur le Xbox Live Arcade — l’incontournable service en ligne de la Xbox 360 —, cette opération visait haut dès l’origine : proposer chaque semaine en téléchargement un jeu capable de rassasier les joueurs mis à la diète comme tous les ans à cette période, les éditeurs privilégiant les sorties de gros jeux à partir de la rentrée et jusqu’à Noël — un crescendo rythmique chaque année plus excessif, qui pousse nombre de bons jeux vers l’échec commercial.
Microsoft fit donc le pari de combler la période estivale et parvenir à faire taquiner la manette à des joueurs qui préfèreraient éventuellement taquiner le sable du gros orteil. Et pour ce faire, nulle autre alternative que proposer des jeux de qualité : ce qui fut réalisé haut la main l’an passé avec la salve de jeux XLA Geometry Wars Evolved 2, donc, suivi de l’énorme succès critique Braid, les superbes remakes Bionic Commando Rearmed et Galaga Legions, et la poule aux œufs d’or Castle Crashers en guise de dessert. L’été 2008 fut qualitativement impressionnant pour les joueurs Xbox 360 et Microsoft devait frapper fort en 2009 pour réitérer l’exploit.
À l’aube de la rentrée, l’heure du bilan s’impose alors.
Un été en pente raide
Premier jeu à débarquer cet été sur le XLA, ‘Splosion Man a rapidement conquis les critiques avec son gameplay simple et original et son level design au poil qui incite à la course au chronomètre. Pour rappel, le joueur contrôle une créature issue d’une expérience ratée et dotée d’une surprenante capacité : celle de se faire exploser à volonté — pour bondir ou exploser les fous qui tentent de stopper la folle fuite de cette créature toute-puissante. Si le jeu manque de variété dans ses décors, il compense cette faiblesse par un mode multijoueurs jouissif et une bonne dose d’humour.
La semaine suivante, Microsoft a fait vibrer la corde nostalgique en proposant Marvel vs Capcom 2, remake du jeu de baston phare de l’année 2000 qui fit sensation sur feu la Dreamcast de Sega. Si le jeu a accusé le poids des ans (sprites grossiers) et probablement subi l’ombre de l’ogre Street Fighter IV, il a tout de même été très bien accueilli. C’est qu’avec son gameplay accessible (d’aucuns diront bourrin) et spectaculaire et ses cinquante-six (!) personnages jouables, épaulés par un rutilant mode en ligne, le jeu conserve quelques arguments aux yeux des amateurs de castagne.
Suivit alors un autre remake, en 3D cette fois : Teenage Mutant Ninja Turtles : Turtles in Time Re-Shelled. Assurément l’un des plus faibles jeux de ce Summer of Arcade qualitativement, la presse numérique spécialisée en a inexplicablement boudé le test et, quand elle s’y colla, n’hésita pas à sanctionner le jeu pour ses choix : remake du jeu d’arcade plutôt que de la version Super Nintendo, refonte pas toujours heureuse des graphismes, réarrangement des musiques, suppressions ou modifications diverses (stages, boss, coups…), difficulté revue à la baisse et impossibilité de rejouer à la version d’origine — comme il est d’usage de le faire avec les remakes modernes. Critiques comme vieux joueurs n’ont pas pardonné, et si tous s’accordent à dire que le jeu n’est pas mauvais (ceux qui n’ont pas connu l’original se régaleront sûrement), le beat them all d’Ubisoft Singapour déçoit malgré tout. L’attente derrière les remakes est inévitablement plus forte que derrière les nouvelles licences…
Bien conscient de l’aura dont bénéficiait l’un de ses modestes jeux sur PC (Trials 2 : Second Edition) auprès d’une communauté de connaisseurs, le développeur finlandais RedLynx a tenté la déclinaison XLA : Trials HD naissait. Jeu de trial, cette discipline qui consiste à franchir d’improbables obstacles à moto, le titre de RedLynx a semblé surgir de nulle part avec son gameplay simplissime mais ô combien subtil. Le joueur contrôle un motard sur une ligne en deux dimensions, dans un environnement 3D. Il ne peut donc qu’avancer ou reculer, accélérer ou freiner. La nuance de gameplay essentielle réside dans l’inclinaison du corps du motard, plaqué sur sa roue arrière ou penché vers sa roue avant. Beaucoup d’internautes ont déjà éprouvé cette maniabilité élémentaire via divers jeux en Flash exploitant cette idée. RedLynx n’a fait que pousser le concept avec une réalisation de haute tenue, un moteur physique plus réaliste et un gameplay analogique obligeant à maîtriser ses pulsions (puissance des gaz ou du freinage sur les gâchettes de la manette). Ajoutez à cela quelques fonctionnalités online malines (et un inexplicable raté au niveau du partage des circuits créés par l’utilisateur…) et on obtint un jeu imparable au pouvoir d’addiction rare. Pour beaucoup le meilleur jeu de l’année sur le Xbox Live Arcade.
Et comme l’an passé, le planning estival concocté par Microsoft recelait une ultime cerise. Certes pressentie, puisqu’une partie de l’équipe en charge de sa réalisation est à l’origine des bulldozers Unreal Tournament III et Gears of Wars 1 & 2, mais cela restait à confirmer. Shadow Complex a donc été lâché dans les tuyaux le 19 août et la presse spécialisée est tombée à genoux, de béatitude. Reprenant à la lettre la mécanique de jeu de Super Metroid (Super Nintendo) en la saupoudrant d’un zeste de RPG (niveaux d’expérience) dans un univers rappelant furieusement Metal Gear Solid, le jeu est un cri d’amour au genre plate-forme/exploration/action old school. Là encore, le gameplay est 2D dans des environnements 3D de toute beauté.
Et sur ce coup d’éclat, Microsoft referma son cahier de vacances, le sourire en coin, bien conscient d’avoir livré cette année encore une salve de jeux « indépendants » à bas prix de très haute qualité. En comparaison, le PlayStation Network de Sony fait pâle figure. Pire, seulement la moitié des jeux livrés lors de ces Summer(s) of Arcade débouleront sur la console de Sony, avec du retard (Braid ou Castle Crashers, disponibles depuis plus d’un an sur Xbox 360, ne débarqueront pas sur PlayStation 3 avant plusieurs semaines). Ces « petits » jeux souvent vite best-sellers font même s’interroger les gros éditeurs sur la pertinence du modèle « beaucoup de cash pour développer un gros jeu » (ou « AAA game »). L’émergence du jeu dématérialisé a permis le retour à une innovation salvatrice dans une industrie de plus en plus frileuse, le coût de développement des jeux atteignant des sommets et les flops commerciaux pouvant avoir une grave incidence sur la santé de leurs développeurs/éditeurs.
Clash : Future is unwritten
Avec sa future PSP Go, Sony sera le dernier à suivre la mode des mini-jeux indépendants (baptisés sobrement « Minis »), après Microsoft (Xbox Live Arcade, Community Games) et Nintendo (WiiWare, DSiWare). Dans une sphère pas si éloignée, Apple et son App Store ont largement prouvé qu’il y avait là un marché à prendre. Reste à chacun de définir sa stratégie : accepter n’importe quoi sur l’autel de la diversité, au risque de perdre le consommateur avec un catalogue sans fin et/ou médiocre ; ou miser sur la qualité avec des exigences ou, tel Microsoft, des plannings événementiels qui assoient l’image d’une machine auprès d’un certain type de joueurs.
En outre, avec la guerre annoncée depuis la baisse de prix de la PlayStation 3 (voire la renaissance de la franchise PlayStation, avec la PSP Go et la somme de changements marketing introduits), les prochains mois devraient être passionnants et largement profiter au consommateur.
Et vous, quels jeux vous ont scotché cet été ?
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