Les jeux vidéo doivent-ils être moraux ?

Au début, il y avait les jeux vidéo inoffensifs, basés sur des concepts simples et manichéens. Il fallait sauver la princesse capturée par un infâme méchant, il fallait sauver le monde d’une destruction certaine.

Depuis, avec le vieillissement de l’âge moyen des joueurs et l’explosion du marché, des jeux plus matures et moins caricaturaux sont apparus. Certains sont mêmes allés jusqu’à brouiller l’image du héros classique : on y tue, vole, pille, et la morale y a une place toute relative. Malgré tout, on est bien souvent  le gentil de l’histoire, car il y a toujours plus méchant (flic ripoux, terroriste afghan ou grand-mère acariâtre, faites votre choix).

Mais depuis quelques mois, les choses semblent s’accélérer en matière de controverse et de violence

Call of Duty : Modern Warfare 2 franchit un pas, puisqu’une des missions du jeu vous fait incarner un agent infiltré chez un groupuscule terroriste qui va massacrer des civils dans un aéroport (pour ceux qui veulent voir à quoi cela ressemble, cela se passe ici). Non pas que l’on n’ait pas fait pire auparavant, (un jeu nippon vous proposait il y ‘a quelques mois de violer des étudiantes), mais c’est la première fois à ma connaissance qu’un blockbuster ose une telle scène de violence gratuite ou le but de la mission est de tuer des civils. Il est vrai que le jeu multiplie les avertissements sur le caractère violent de certaines scènes et permet même de les zapper, mais soyons réalistes : aucun joueur n’acceptera de s’auto-censurer un jeu.

Alors certes, il était déjà possible dans certains jeux de tuer des civils (les séries GTA ou Hitman par exemple), mais cela n’avait jamais été fait via une mission ou le but était de faire un carnage total d’innocents. On peut même envisager que les développeurs aient voulu faire de cette scène un moment mettant mal à l’aise le joueur et dénonçant l’horreur du terrorisme. Mais on peut aussi y voir un moyen de créer une polémique et faire parler de soi.

airport

Sans rentrer dans la caricature du gamer qui soutient contre vents et marées que le jeu vidéo n’a aucune influence sur des comportements humains « dans la vraie vie », ou dans celle opposée expliquant qu’un joueur devient un psychopathe en jouant à des jeux violents,  on peut légitimement se demander s’il est positif de proposer ce genre de scènes dans un jeu. Est-ce indispensable dans un scénario ? Ne peut-on pas trouver d’autres rebonds scénaristiques que celle de massacrer une population dans un aéroport ? Etait-il nécessaire de concevoir ce niveau ou le joueur incarne lui-même le tueur, alors qu’il aurait été très simple de juste évoquer cet « évènement » sans le faire jouer ? Evidemment, la polémique est facile en la matière,  génératrice de publicité, et attire le soutien d’une partie des joueurs ne souhaitant voir aucunes limites dans les jeux.

Puisque tout semble possible en jeux vidéo,  allons-y, créons pourquoi pas le GTA ultime, celui ou une des missions consistera à aller tuer la famille de son ennemi dans la maison familiale ou frapper à coup de batte de baseball une grand-mère en maison de retraite ! Succès garanti, controverse aussi, mais pas sûr que le jeu vidéo en ressorte grandit.

Quand on voit les tueries qui ont eu lieu dernièrement dans le monde, perpétrées par des adolescents influençables et instables psychologiquement, et souvent joueurs, les développeurs doivent forcément prendre leur part de responsabilité et s’interroger sur l’opportunité de ce genre de scènes, y compris pour un public adulte. La violence, et même l’ultra violence gratuite, est forcément intégrée différemment par un joueur que par un spectateur dans une salle obscure, puisqu’il est lui-même le protagoniste et incarne le rôle.

N’est-il pas inquiétant de penser qu’une partie des joueurs prendront plaisir lors de cette scène, la referont encore et encore (on peut déja le lire sur certains forums) et s’inquiéter sur les conséquences potentielles que cela peut avoir chez des personnes fragiles et influençables ? Le jeu vidéo doit je crois encore murir, et il reste beaucoup de domaines ludiques à explorer sans avoir besoin de recourir à une violence toujours plus forte pour attirer le public adulte.



8 commentaires pour “Les jeux vidéo doivent-ils être moraux ?”

  • momo16 18 novembre 2009 15 h 27 min

    Tout à fait d’accord avec la part de responsabilité de ceux qui conçoivent ces jeux. Pourquoi ne pas les interdire purement et simplement ?

  • Gaor 18 novembre 2009 16 h 17 min

    @momo16 : Le jeu est déconseillé aux moins de 18 ans. C’est un jeu réalisé pour un public adulte, comme de plus en plus de jeux vidéo aujourd’hui. Aux dernières nouvelles, on n’interdit pas les films violents, qui compensent leur manque d’interactivité par un réalisme accru. « Interdire purement et simplement » est un réflexe déresponsabilisant, à mon avis.

  • momo16 19 novembre 2009 14 h 42 min

    @Gaor : Effectivement, les films violents ne sont pas interdits au cinéma. Même s’ils sont d’un réalisme accru, je pense qu’il y a une différence avec ce jeu vidéo où le jeune joueur « a pratiquement l’arme en main » et doit avoir le sentiment de toute puissance.

  • Artheval_Pe 22 décembre 2009 21 h 00 min

    Je pense qu’une des clés des controverses qui secouent les jeux vidéos réside dans l’appréciation de leurs effets sur les joueurs. En effet, c’est la principale raison pour laquelle des restrictions sont appliquées de par le monde, et malheureusement, je crains qu’il ne s’agisse que d’un mythe forgé pour soutenir des positions conservatrices vis à vis du divertissement en général.

    Après des vagues d’études et de déclarations à charge au début des années 2000, on a vu apparaître plus récemment des études (http://arstechnica.com/gaming/news/2007/04/study-finds-stable-personalities-unaffected-by-violent-games.ars) (http://www.physorg.com/news5758.html) faisant apparaître des liens existants, mais relativement faibles entre violence réelle et violence à l’écran. Et surtout, une étude plus récente s’intéresse justement à la méthodologie de certaines expérimentations menées en montrant des manquements méthodologiques et des approches fondées sur une idéologie et non sur une démarche scientifique (http://www.tamiu.edu/~cferguson/MVJPED.pdf). Là où je souhaite en venir, c’est que pour l’heure, la science (seule capable de déterminer d’éventuels liens entre jeux vidéos et comportements réels) semble encore embourbée dans des querelles qui rendent le problème encore insoluble.

    Quant à la nécessité ou pas d’une telle scène, très franchement, je pense que la question ne se pose pas, parce que malgré le fait que le jeu vidéo soit un divertissement, c’est aussi un art, dans le sens où il suscite une émotion esthétique (mais pas seulement), chez le joueur ou le spectateur. Dans cette optique, s’interroger sur la légitimité de telle ou telle scène dans un jeu revient à restreindre les émotions que ses créateurs peuvent susciter et la manière dont ils peuvent les susciter. Pour répondre justement à momo16, même si le sentiment de toute puissance ressenti par un joueur de FPS reste très limité, susciter un tel sentiment chez le joueur n’est que le but de l’art qui n’est jamais qu’une fiction.

    Le problème essentiel lié à cette question est l’incapacité de certaines personnes (parfois de certains joueurs) d’identifier correctement les jeux vidéo comme des fictions et comme des expressions artistiques.

    Après, la question plus large que Philippe suggère habilement avec son titre est : « L’art doit il être moral ? ». Toutes les émotions, tous les sentiments peuvent ils légitimement être suscités par l’art ? Est-ce que la société se doit d’en proscrire certaines ?

    Il me semble que cette question est réglée depuis bien longtemps dans le cas de la littérature, qui a pourtant des qualités et propriétés que d’autres médias n’ont pas. Mais peut-être doit-elle être posée à nouveau. J’ai tendance à penser que les seules limites devraient être imposées par les conséquences que peut avoir l’art sur la réalité, pas les émotions qu’il suscite dans les esprits. Ainsi, une œuvre d’art impliquant la mise à mort d’un animal, ou une autre qui rendrait les spectateur psychopathes me semble vouée à l’interdiction.

    On prête parfois cette qualité aux jeux vidéos, mais pour l’heure, c’est à la science de trancher. Je conclurai en rappelant certaines statistiques, cependant : En se basant seulement sur les ventes de certains des jeux violents ou amoraux les plus vendus, on peut affirmer qu’il y a des dizaines de millions de personnes dans le monde qui ont fait l’expérience de tels jeux. Cependant, les cas de joueurs se livrant à des déchainements de violences s’élèvent à quelques dizaines tout au plus depuis le début des jeux vidéos. Avec un ratio aussi faible de comportements destructeurs parmi la population de joueurs, n’a-t-on pas simplement affaire à la proportion de fous qu’on trouve dans n’importe quel groupe humain ?

  • Gaor 23 décembre 2009 0 h 32 min

    Je suis totalement avec ton intervention, Artheval_Pe. Je me permets de copier/coller ici une (courte) intervention que j’avais rédigée suite à cette pseudo confrontation absolument pathétique en termes de fond : http://www.gameblog.fr/news_12789_versus-02-le-jeu-video-est-il-devenu-trop-violent

    « [...] c’est ground zero en termes de réflexion. La question mérite un bien meilleur traitement que ça. Mais tu vois, je trouve qu’AHL est encore pire dans son rejet pur et simple de la question sans AUCUN argument sinon « boargl non, c’est cool la violence ». Histoire de nous rappeler comme il est moderne et jeune dans sa tête. Nullach’.

    Le marronnier CoD:MW2 me gonfle car le jeu est déconseillé aux moins de 18 ans (interdire ne servirait à rien) et on peut terminer cette foutue mission polémique sans tirer une seule balle. Le vice n’est-il pas dans l’œil de celui qui regarde ? Le vrai problème ne concerne donc pas la violence dans le jeu vidéo (les jeux pour adultes doivent pouvoir contenir de la violence et du sexe) mais l’ACCÈS aux jeux vidéo violents. De la stricte même manière que pour le cinéma interdit aux moins de 16 ans.

    Une seule solution, applicable à tous les domaines culturels : éduque ton môme correctement et intéresse-toi à ce qu’il fait pour avoir une chance d’en limiter l’influence. »

  • Gaor 23 décembre 2009 0 h 43 min

    Il manque le mot « d’accord » dans ma première phrase. :)

  • langlois ghost 24 mars 2010 12 h 37 min

    JE SUIS DACORE

  • langlois ghost 24 mars 2010 12 h 38 min

    TOCTOCTOC!!!!!!!!!!!!!!!

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