Considérant que tout avait été dit sur Heavy Rain et la polémique de sa notation, j’avais jugé inutile d’en rajouter une couche. Mais le dernier article de David Cage sur Gameblog me laisse pantois.
Petit rappel des faits : Heavy Rain, annoncé depuis des années comme une nouvelle expérience videoludique, s’est pris quelques « mauvaises » notes par des sites français, et notamment ceux de Jeuxvideo.com et Gamekult, qui ont mis respectivement 15/20 et 6/10 au jeu. C’est bien loin d’autres sites comme Gameblog ou Jeuxvideo.fr qui eux ont mis leur note maximale (5/5).
David Cage, le concepteur de Heavy Rain, accepte apparemment assez mal que son jeu ne soit pas porté aux nues par l’ensemble de la presse et s’est plaint qu’une partie de la presse n’avait pas compris son jeu. Sony se serait également fâché et aurait selon Gamekult annoncé prendre du recul avec leur site (à savoir ne plus leur envoyer de jeux ni d’invitations presse ou exclus).
Alors voyons de plus près ce qu’il en est de la notation en France de Heavy Rain, puisque Criticator a justement vocation à faire une revue de presse des sites français.
Si on consulte la fiche du jeu sur Criticator, on constate qu’au 2 mars 2010, le jeu a une moyenne de 84/100, ce qui est plutôt une bonne note sur notre site, et le classe à la septième place des jeux les mieux notés sur PlayStation 3 ces 6 derniers mois. Ce n’est pas une note excellente, peut-être un peu juste pour figurer dans le top 10 de fin d’année, mais cela le classe quand même largement au-dessus du flot de sorties videoludiques sur PlayStation 3.
Ce qui est surtout intéressant concernant Heavy Rain, c’est de voir la ventilation des notes : c’est le premier jeu qui (de mémoire d’agrégation) divise autant la presse, avec une note maximale pour plusieurs sites et une note proche de la moyenne pour d’autres. Car une tendance nette se dégage : Heavy Rain n’a pas été considéré comme un jeu exceptionnel par plusieurs sites, et pas des moindres dans le paysage videoludique français : jeuxvideo.com et Gamekult bien sûr, mais aussi Factornews et Widgamer, et dans une moindre mesure Jeuxactu, Gamehope et jeuxvideo.org. Pour comparer avec un jeu de l’an dernier qui avait lui aussi de grandes ambitions et était très attendu, à savoir Uncharted 2, celui-ci a fait l’unanimité sans exceptions puisqu’il n’a pas eu une seule note sous les 90/100.
Le plus effarant dans cette polémique est surtout le ton de la critique qu’emploie David Cage à l’encontre de ces sites. Après nous avoir expliqué à quel point être responsable du développement d’un jeu vidéo est un métier difficile (je pense pouvoir être en mesure de lui donner une liste de métiers bien plus pénibles), il dit ceci :
« (…) ces deux sites [il parle de jv.com et Gamekult] sont curieusement passés totalement à côté du jeu. Au-delà des notes médiocres (dont la plus mauvaise note tous pays confondus, trois points en-dessous de la moyenne mondiale quand même…), c’est la médiocrité des articles qui m’a frappé. Pas de réflexion, pas d’analyse, juste un texte de gamin de quatorze ans dans une cour de récréation. (…). Autre mention spéciale pour le magazine anglais EDGE, autre exception internationale. Autrefois magazine de réflexion et d’avant-garde, le magazine n’est décidément plus ce qu’il était. (…) »
Pour résumer : si vous n’avez pas aimé, vous êtes des nuls immatures. Pourtant David, pour être TRES au fait de la qualité d’écriture des sites français et de leurs tests, puisque on en est à plus de 10 000 tests indexés sur Criticator, je peux sans problème t’affirmer que Jeuxvideo.com et Gamekult se classent dans le top 5 des sites en terme de qualité d’écriture et d’exhaustivité de leurs tests. Et des millions d’internautes français semblent d’accord. La simple lecture non orientée de ces tests, qui expliquent clairement ce qui pour eux ne va pas dans ce jeu (rigidité, histoire finalement très classique, manque de clarté sur la manière de faire les choix scénaristiques) suffira de vous convaincre que cette attaque est sans fondement.
Mais une autre phrase m’a interpellé dans cette interview :
« Dans quelques jours, on va pouvoir compter un par un les joueurs qui croient dans la démarche entamée par Heavy Rain, ceux qui pensent que les jeux vidéo peuvent être plus qu’un jouet, qu’ils peuvent devenir un moyen d’expression et peut-être un jour, un art. »
David, je crois que d’autres développeurs ne t’ont pas attendu pour élever au rang d’art les jeux vidéo, et ce n’est pas Heavy Rain qui révolutionnera les choses (qu’il se souvienne justement des tests d’un certain Shadow of the Colossus ou d’Ico qui eux aussi avaient pris de sacrés risques à leur époque et avaient été acclamés par la presse).
Bonnes vacances David, je crois que tu en as bien besoin.
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